D'où vient cette pulsion de créer?

 

Entretien lors de l'exposition "Noriko Tawara en Cevennes" 

 

 

Elisabeth Gérony, commissaire -  Vous êtes artiste-plasticienne indépendante d’expression abstraite, originaire du Japon, pays où vous avez accompli vos études secondaires et supérieures et fait vos débuts, avant de prendre pied en France. En plus de 50 ans, dans différents pays d’Europe, au Japon et aux Etats-Unis, vous avez participé à une multitude d’activités artistiques et réalisé en moyenne une exposition personnelle par an.


Je vous prie de nous dire quelques mots sur l'origine de cette pulsion qui vous amène au travail. Y-a-t-il un élément personnel déclencheur et qui serait resté longtemps enfoui ?

 

N.T. - Mon travail n’est pas motivé par quelque mobile enfoui ou refoulé. Ce qui me «pulse» est directement mon désir d’artiste de bons résultats. Sans messages sous-jacents. Mes images s’offrent à votre regard et à votre cœur. J’aime la simplicité. 

 

L’inspiration me vient souvent de la nature. Mais je ne cherche pas à représenter celle-ci, pas plus que n’importe quel réel. J’invente des images autres, suivant mon intuition et suivant mes intérêts picturaux. Il s’agit de mises en scène de couleurs, de matières et de formes par l’emploi libre et délibéré de mes outils et matériaux. Interviennent aussi des trouvailles fortuites, que je modifie ou pas.   

 

Je joue des résonances, des accords, des tensions  entre formes, entre couleurs, entre net et flou, transparent et opaque, plein et vide. C’est un langage abstrait à l'instar de la musique instrumentale. La stricte non-figuration m’offre de vastes possibilités d’expérimentation, de création, de renouvellement. Et cela me suffit comme moyen d’expression. 

 

  

La volonté de distanciation par rapport à la complexité du monde qui nous entoure peut étonner. L’observateur de mes images est libre d’une lecture subjective. Mais s’il ressent quelque résistance, opposition, refus, s’il éprouve calme et stimulation cela ne m’offusquerait pas.   

 

J’utilise de l’huile sur toile, sur papier, de l’acrylique, encre, pastel, graphite, crayon de couleur, seuls ou en technique mixte, sans oublier le washi, magnifique papier végétal.  Je produis habituellement des tableaux uniques, rarement des variations, séries ou multiples.

 

 Bref, ce qui me fait travailler est cette joie que procure la création d'œuvres fraîches   qui contrastant avec notre quotidien   et font respirer.             

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Question de Monsieur B., visiteur de ce site:

Comment en êtes-vous venue à utiliser le format du tondo dans votre travail abstrait?

 

N.T.: J'aime explorer parfois des formes peu courantes, par exemple en participant à un projet où il s'agissait d'accrocher autour d'une piscine des peintures comme des hublots imaginaires d'un navire.

Le format circulaire tend, nous le savons, à contraindre le regard. En plus, ça peut tourner, rouler, basculer.
Ma réaction personnelle est alors d'immobiliser le disque et d'y inscrire une composition de mon cru, structurée et orientée, tout en recherchant la symbiose avec cette bordure courbée.